Concerts

Le Messie de G.F. Haendel

Dimanche 11 octobre 2026 à 16h
Église protestante Saint-Pierre-le-Jeune
Strasbourg

Le Messie de Georg Friedrich Haendel

Chœur et ensemble instrumental Giacomo Puccini

Camille Puig, soprano
Judith Gauthier, alto
Gaspard Dizdarevic, ténor
Léo Sabo, baryton

Direction musicale : Dominique Sourisse

A propos de l’œuvre

Le Messie de Haendel

Haendel, compositeur d’origine allemande, comme Bach dont il est l’exact contemporain, est mort à Londres en 1759. C’est en effet dans ce pays, où il retrouva son maître le Prince Électeur de Hanovre devenu par le jeu des successions royales Georges Ier d’Angleterre, qu’Haendel fut apprécié, joué, célébré, obtenant finalement la nationalité anglaise en 1727. D’abord connu comme compositeur d’opéras à la mode italienne, l’évolution du goût du public l’amena à partir de 1739 à développer le genre de l’oratorio.

Le Messie, qui est toujours resté son œuvre la plus célèbre, fut écrit en moins de trois semaines, à la fin de l’été 1741. Certes, une telle rapidité d’écriture était courante à l’époque, laquelle voyait dans le compositeur bien plus un artisan, producteur de musique pour une occasion donnée, qu’un artiste soucieux de la postérité. L’étonnement nous vient surtout qu’en si peu de temps, Haendel réussit le tour de force de combiner autant de trésors d’inspiration, autant de richesses expressives, avec très peu d’emprunts à ses œuvres antérieures. Le public ne s’y trompa pas, qui, une fois passé le scandale d’une musique bien trop « théâtrale » pour un sujet si profondément religieux, fit à l’auteur un triomphe durable et toujours renouvelé. Fait assez exceptionnel à l’époque, l’œuvre fut reprise chaque année à partir de 1750, et jouée en tout 36 fois du seul vivant de Haendel. Aujourd’hui encore, Le Messie est quasiment une œuvre nationale, et son fameux Hallelujah est toujours chanté au couronnement des souverains d’Angleterre.

Cependant, si Haendel a parfaitement su s’acclimater à la langue et au public anglais, il ne faut pas oublier que son style est avant tout une synthèse de tous les styles existant alors en Europe : les cantates et les motets allemands, les arias et les concertos italiens, les ouvertures françaises et les hymnes anglais. Tout ceci a été fondu au creuset d’un tempérament théâtral et expressif extraordinaire, pragmatique et efficace, qui a fait de ce musicien le compositeur le plus fidèle aux préoccupations esthétiques de l’art Baroque.

Le sujet d’un oratorio est généralement tiré d’un épisode biblique de l’Ancien Testament ; lorsqu’il provient du Nouveau Testament, il s’agit le plus souvent du récit de la Nativité ou de la Passion du Christ. Mais ici, la grande spécificité de l’œuvre tient à ce qu’elle ne met en scène aucun personnage sacré, fût-ce le Christ lui-même, ni même de personnage allégorique ; plus abstraitement, elle évoque à travers l’ensemble des textes bibliques l’histoire d’une figure métaphysique : celle du Messie, depuis les prophéties de l’Ancien Testament jusqu’à celles de l’Apocalypse. Le paradoxe de Haendel est d’avoir réussi à donner à cette histoire purement métaphysique une extraordinaire dimension théâtrale ; ce qui, nous l’avons dit, choqua d’ailleurs nombre de ses contemporains.

Cette dramaturgie d’un nouveau genre s’organise en trois parties. La première évoque l’annonce dans l’Ancien Testament de l’avènement d’un Messie, puis son incarnation dans la personne du Christ ; la deuxième retrace le chemin du Christ de sa Passion jusqu’à sa Résurrection ; la troisième enfin nous parle du Messie de la Fin des Temps et de son retour au jour du Jugement Dernier. On peut aussi observer que le déroulement de l’oratorio suit de près celui de l’année liturgique ; ce qui n’est guère étonnant, puisque l’année liturgique obéit à cette même progression métaphysique.

La première partie correspondra donc aux temps de l’Avent, puis de la Nativité ; elle fait appel dans un premier temps aux prophéties annonçant l’avènement du Christ (essentiellement Isaïe) puis, dans un épisode plus « dramatisé », à l’évangile selon saint Luc.

Après une ouverture dans le style français, avec un premier volet grave, aux rythmes pointés, suivi d’un deuxième rapide et fugué, on voit se succéder quatre courtes sections – une par semaine de l’Avent ? – enchaînant chacune un récit, un air et un chœur. La première de ces quatre sections reprend l’invitation primordiale d’Isaïe à préparer la venue du Seigneur, tandis que la deuxième dépeint avec Malachie le grand bouleversement qu’elle apportera et le rôle purificateur du feu divin. La section suivante évoque la Visitation de la Vierge et le Magnificat ; la dernière illustre le texte fameux d’Isaïe sur la lumière venant dissiper les ténèbres, généralement lu à la veillée de Noël.

Dans un deuxième temps, Haendel nous donne alors à voir l’histoire de la Nativité, dans un style historié beaucoup plus proche de celui des oratorios allemands. Une pastorale instrumentale évoque d’abord les bergers de la nuit de Noël ; puis la voix claire de la soprano solo, que l’on n’avait pas entendue jusqu’ici, joue le rôle de l’ange leur annonçant la Bonne Nouvelle. Le duo et le chœur qui viennent clore cette première partie reprennent le thème du Bon Pasteur, permettant à la fois d’illustrer le ministère du Christ et de conserver l’atmosphère de Noël.

La deuxième partie correspond au temps de Pâques, et d’abord à celui de la Passion. Après un magnifique chœur de méditation sur l’Agneau de Dieu enlevant le péché du monde, deux longs épisodes chantés par l’alto solo puis le chœur s’appuient sur les prophéties d’Isaïe annonçant les souffrances du Rédempteur. La Crucifixion fait ensuite l’objet d’une section à nouveau plus « historiée », confiée au ténor solo, dans laquelle le chœur intervient comme chœur de foule. C’est la soprane solo qui fera revenir l’espérance en chantant la Résurrection.

Les numéros suivants évoquent ensuite l’Ascension (Thou art gone up), puis la Pentecôte (The Lord gave the word et How beautiful are the feet) point de départ de l’évangélisation du monde et de la victoire finale sur les rois païens, que vient couronner le fameux Hallelujah.

La troisième partie, qui renvoie au temps ordinaire précédant la fête de la Toussaint, a donc pour sujet le Messie des fins dernières, au travers essentiellement d’une longue illustration de la fameuse lettre de saint Paul aux Corinthiens sur la résurrection des morts que Brahms reprendra dans son Requiem. Le propos est ici plus rhétorique et démonstratif : c’est saint Paul montant en chaire pour dépeindre le jour du jugement dernier, célébrer la victoire sur la mort et convaincre l’ensemble des chrétiens de la justesse de leur foi.

L’œuvre s’achève avec une citation de l’Apocalypse, propre à la Toussaint, replaçant le Messie dans une grandiose vision cosmique, célébration universelle aboutissant finalement à un Amen situé « au-delà du Temps ».

Dans un moment d’enthousiasme, Haendel disait après la composition du Messie : « Je pensais voir tout le Ciel devant moi, et le grand Dieu lui-même » … tout ce que cette réflexion peut avoir d’emphatique ne doit céder en rien au fait que le musicien, qui nous prouve ici son tempérament visuel, pour ne pas dire visionnaire, a effectivement peint devant nous la plus grande fresque que pouvait concevoir l’esprit humain.

D. SOURISSE

Chœur

Sopranos

Marie-Françoise BALBZIOUI, Michèle BIEBER, Cécile BRUNEAU, Gillian CANTE, Christelle CHANGO, Martine ETTER, Anne GASTALDO, Marie GRAVEY, Rosalia HEYL, Sophie LYNCH, Valeria PALERMITI

Altos

Aude ADLER, Claire BLATZ, Claire CHAFFANJON, Amélie DE CASABIANCA, Ghilaine FORCHARD, Caroline KRAEMER, Stella MARC-ZWECKER, Isabelle MORANE, Marie-Madeleine PARMENTIER, Michèle SAENGER, Claire SPEICH

Ténors

Laurent GARNIER, Robert KEMPLER, Benjamin PALERMITI, Serge SACCUCCI, Erich SEPICH, Salvatore TERROSU

Basses

Jean-Pierre BECK, Bertrand GEILLER, Cédric JEAN, Laurent REGNARD, Marc STEINER

Accompagnateur piano : Thibaud MILLON

Ensemble orchestral

Violons :                            Juliette SHENTON

                                               Marin BACRY

Alto :                                   Sven BOYNY

Violoncelle :                    Céline LARGEAUD

Violone :                            Isaline LELOUP

Continuo :                        Yu NAKAMURA

Orgue-coffre B. Cogez fourni par Dulcis Melodia